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Un sondage qui fait sourciller à la CSVT

Auteur : Maude Messier

 

 

L'assemblée de personnes déléguées de la section Salaberry, ce mardi, a particulièrement porté sur l’application de la Loi modifiant la Loi sur l’instruction publique, communément nommée Projet de loi 105, adopté en novembre dernier.

Mais c'est assurément le sondage maison de la Commission scolaire Vallée-des-Tisserands, envoyé le 10 avril dernier, qui aura marqué la rencontre et suscité beaucoup de réactions et de témoignages.

Dans la foulée du Projet de loi 105, dont il sera question plus loin dans ces lignes, les commissions scolaires ont l'obligation de consulter les milieux dans le processus d'élaboration de leur Plan d'engagement (nouveauté introduite par le PL 105 justement).

La CSVT a donc choisi la voie du sondage écrit pour mener cette « consultation », destinée, rappelons-le, à dresser le portrait des écoles et de la clientèle sur son territoire. Or, le questionnaire, rédigé en trois versions - pour le personnel, les élèves et les parents -, comporte une soixantaine de questions et requiert quelque quarante minutes à remplir.

« Nous avons réagi rapidement et des interventions syndicales ont été faites pour dénoncer l'obligation de compléter ce sondage par les enseignants. Il a donc été convenu avec la Commission qu'il n'y avait pas d'obligation », a souligné d'emblée Dominic Hébert, vice-président de la section Salaberry.

« L'autre élément qui pose problème, fait-il valoir, c'est que la Commission proposait de faire compléter ce questionnaire par les élèves sous forme d'une activité pédagogique. J'ai donc rappelé à la Commission scolaire la Loi sur l'instruction publique qui stipule clairement que les activités pédagogiques relèvent de l'autonomie professionnelle des enseignantes et enseignants.»

Plusieurs personnes déléguées ont pris la parole; l'une d'elle soulignant le malaise profond ressenti lorsqu'on lui a dit qu'il n'était pas possible d'avoir accès à une version papier complète du questionnaire destiné aux élèves. « Je ne vois pas ce qu'il y a de pédagogique à faire remplir un questionnaire électronique à mes élèves sans avoir pu en prendre connaissance et voir la teneur avant ! »

Troisième élément qui a fait sourciller dans le sondage, certaines questions demandent aux élèves d'évaluer les interventions des enseignants et leur disponibilité, d'évaluer aussi le climat de la classe et la quantité de travail à faire à la maison...

« Il est clair, pour le Syndicat de Champlain, que l'évaluation du personnel enseignant est une compétence qui relève des directions d'école. Il nous apparaît douteux que la Commission se serve de la perception d'enfants afin d'établir un plan d'engagement vers la réussite ! Parce que ce qui ressortira de ce sondage, soyons bien clair, ce ne sont que des perceptions », de conclure Dominic Hébert.

« Nous attendons de pied ferme les conclusions qu'en tirera la Commission. Quand on parle des dérives possibles découlant du projet de loi 105, nous en avons ici un bel exemple. »

Qu’est-ce le PL 105 ?

Marie-Claude Lauzon, de la section des Patriotes (enseignants), a travaillé sur le dossier au cours des dernières semaines. Elle a présenté aux personnes déléguées, mardi soir, un aperçu des impacts et des modifications possibles pour les milieux dans les prochains mois. 

 « Le PL 105 s’inscrit en ligne directe dans la logique de la Nouvelle gestion publique et de la Gestion axée sur les résultats, héritage des différents gouvernements depuis le début des années 2000 », a expliqué Marie-Claude.

Rappelons aussi que le PL 105 succède au défunt projet de loi 86 qui devait modifier l’organisation et la gouvernance des commissions scolaires, finalement abandonné l’an dernier.

« Globalement, poursuit Marie-Claude, le PL 105 augmentera le pouvoir d’intervention du Ministre de l’Éducation tout en décentralisant les pouvoirs et les budgets vers les directions et les conseils d’établissement. Lire ici une réduction des pouvoirs, des rôles et des budgets des structures démocratiques intermédiaires que sont les commissions scolaires. »

« Concrètement, le projet de loi inscrit à la LIP une nouveauté : le plan d’engagement vers la réussite, qui remplace le plan stratégique et la convention de partenariat de la commission scolaire. » Le plan d’engagement contiendra notamment, les orientations et les objectifs, les cibles visées et les indicateurs, élaborés en cohérence avec le plan stratégique du Ministère. Le premier plan d’engagement sera effectif le 1er juillet 2018.

« Ironiquement, le plan stratégique du Ministère n’est pas prêt et il faudra faire avec ce qu’on a. Le dernier plan date de 2013… six ministres sont passés sur la chaise de l’Éducation depuis! », a lancé Marie-Claude.

Conséquemment, dans les écoles et dans les centres, le conseil d’établissement pourra entreprendre la révision ou l’élaboration du projet éducatif, qui entrera en vigueur au plus tard le 1er juillet 2019, en cohérence avec le plan d’engagement de la commission scolaire.

Pourquoi parler dès maintenant du PL 105 et en faire tout un dossier ? « Parce que les implications seront importantes pour l’ensemble du personnel de l’éducation, dans les écoles et dans les centres. Les dérives possibles sont considérables et il faudra être vigilants sur de nombreux aspects », soutient Marie-Claude.

« Augmentation du nombre d’examens imposés par la commission scolaire, imposition de pratiques pédagogiques telles que l’enseignement orienté vers la pratique de tests, réduction du curriculum, exclusion d’élèves des calculs statistiques, pression sur le personnel pour modifier les notes à la hausse, pour ne nommer que ceux-là. »

Marie-Claude ajoute aussi que les politiques d’austérité des dernières années ont engendré des suppressions de postes et que la décentralisation « à la pièce » commande aussi une grande vigilance quant au risque de sous-traitance.

« Les établissements pourraient être tentés d’utiliser ces sommes pour recourir à des partenaires externes : ressources privées, organismes communautaires, fondations, parents bénévoles… Il faut garder en tête que les ententes de partenariat doivent se faire dans une perspective de complémentarité et non de remplacement des services. »

Il est à noter qu’un dossier complet sur le PL 105 et la réussite éducative sera publié en trois parties dans les éditions de mai du journal Le Champlain. À suivre !

Pour plus d’informations dès maintenant, vous pouvez :

- télécharger la présentation PowerPoint sur le PL 105

- télécharger le document informatif complet (.pdf)

- consulter notre dossier en ligne

Retour sur le Congrès

Éric Gingras, président du Syndicat de Champlain, a remercié les personnes déléguées qui ont participé au 35e Congrès de l’organisation à la fin mars.

Il en a aussi profité pour souligner que le prochain triennat débutera dans les faits le 1er juillet prochain. D’ici là, le Conseil d’administration travaille à la préparation de la mise en œuvre des orientations adoptées par le Congrès.

« À la première assemblée des personnes déléguées, vers la fin de septembre prochain, nous vous présenterons un tableau synthèse avec l’ensemble des orientations adoptées pour le triennat et les moyens que le CA entend mettre en place, notamment à partir des idées que vous nous avez fournies en plénière sur le plancher du Congrès, pour atteindre ces objectifs. »

 

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