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La révolution industrielle de l'éducation

Auteur : Mireille Proulx

 

 

Quand arrive l’été, on tente de mettre notre cerveau en pause, question de récupérer un peu. Mais souvent, une parole, un livre ou un objet nous rappellent notre milieu de travail et alors, les idées et les projets font courir notre hamster dans sa roulette !

Dans mon cas, en feuilletant la revue L’Actualité de septembre 2017, j’aperçois un titre qui ramène mon cerveau au travail : «Ils veulent réinventer l’école. » Quoi ! Encore d'autres ?

Après le Groupe d’action sur la persévérance et la réussite scolaires mené, dans un premier temps, par Jacques Ménard (président de BMO Groupe financier) et maintenant gouverné par Diane de Courcy, après le Lab-école (trois entrepreneurs) et après la Politique de la réussite éducative du ministre Proulx, voilà un nouvel acteur qui s’invite dans le milieu scolaire, soit l’équipe de Repenser l’école(des entrepreneurs sociaux !).

Comme on peut le constater, le monde de l’éducation est appétissant pour plusieurs… L’intérêt très marqué de tous les entrepreneurs, qu’ils se qualifient de sociaux ou non, m’interpellent.

Effectivement, le système scolaire ne doit pas devenir la vache à lait d’un peu tout le monde. C’est bien beau de parler d’infrastructure, d’architecture, du numérique, de chili au tofu à la cafétéria, mais on aborde alors seulement le contenant. Qu’en est-il du contenu ? Des programmes, des matières de base, de la place des différents arts, de la littérature, etc.? Qui tient compte du vécu ? Des services aux élèves ? Des climats dans les écoles ? De l'éducation axée sur les résultats ?

Revenons à l’équipe de Repenser l’école. Dans l’article de la journaliste Isabelle Grégoire, à la question « Vous proposez aussi l’instauration d’un premier incubateur-accélérateur en éducation. En quoi consisterait-il ? », la réponse laisse dé- passer un peu son jupon ! « En un lieu où les idées pourraient être testées et les acteurs de changement accompagnés par des gens du milieu des affaires, de l’enseignement, des technologies… et qui permettrait des collaborations entre écoles et start-ups. »

Et à la question «Quel rôle joueraient les gens du milieu des affaires ? », la réponse est encore plus savoureuse : « Il s’agit d’une démarche philanthropique par laquelle de grandes entreprises soutiennent l’innovation. »

Avouez que c’est délicieux et que ça fait appel à notre grande naïveté ! Aucun retour d’ascenseur souhaité ? Je me permets seulement de rappeler les tableaux blancs, nouvelle technologie « essentielle » à l’enseignement et qui a enrichi une compagnie dont l’actionnaire principal était un proche du Parti libéral.

L'équipe de Repenser l'école s’est penchée sur deux principaux défis : « Le suivi du parcours de l’élève » et « l’autoévaluation des enseignants ». Dans le premier cas, l’idée est intéressante et veut permettre, par une solution technologique, le suivi scolaire des élèves d’une année à l’autre, d’une école à l’autre.

Pour le deuxième défi, je trouve que c’est faire preuve d’un certain mépris de la profession que de croire qu’une grande majorité du personnel de l’éducation ne s’autoévalue pas, ne prend pas le temps de faire un bilan de son année. Pas besoin d’une quelconque technologie pour être professionnel. Et encore faut-il qu’on nous donne les moyens… avant de penser à nous évaluer.

C’est quand même extraordinaire ce mythe selon lequel le personnel ne s’adapte pas à l’évolution de son métier ni à celle de la société. C’est comme de penser qu’une grande majorité des plombiers refusent de travailler avec des matériaux tels que l’ABS ou qu’une grande partie des électriciens refusent de s’adapter aux nouvelles normes ou encore que les mécaniciens refuseront de travailler s’ils se retrouvent devant une voiture électrique…

Les mots « entrepreneuriat », « milieu des affaires », « marché du travail » reviennent souvent ces derniers temps. Si on regarde strictement par ce bout de la lorgnette pour penser l’école du futur, les sociologues, les philosophes et les autres penseurs disparaîtront. Tout ce qui touche les arts, que ce soit la poésie, la peinture, les arts visuels, la littérature et j'en passe, subira le même sort. Économie et besoins des entreprises obligent.

C’est un piège dans lequel il ne faut pas tomber, sinon ça voudra dire que la société sera strictement axée sur la productivité. Est-ce réellement ce que nous souhaitons ?

Mireille Proulx Coordonnatrice

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