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De la parole à l'action politique

Auteur : Maude Messier

 

 

Le Mouvement L’école ensemble a beaucoup fait parler de lui depuis le lancement de son mémoire en juin dernier, ses propositions tranchantes ayant suscité l’attention des médias.

Stéphane Vigneault, coordonnateur du Mouvement, explique, en entrevue avec Le Champlain, qu’il s’agissait au départ d’une initiative d’un groupe de parents de Gatineau. « Nous étions quelques- uns à nous questionner et à nous rendre compte que quelque chose n’allait pas. Pour ensuite réaliser que nous n’étions pas seuls. Nos appuis viennent maintenant de partout au Québec. »

Dès l’entrée au préscolaire de sa fille, Stéphane Vigneault comprend à quel point les projets particuliers sélectifs affectent l’école de son quartier. « Le but finalement, c’est de se sauver de l’école de quartier. J’ai donc essayé de faire en sorte que les parents s’impliquent pour ne pas embarquer dans cette compétition, mais ça n’a pas marché. Les parents voulaient garder une carte dans leur jeu, parce qu’au fond, ils veulent ce qu’il y a de mieux pour leur enfant. La réflexion est partie de ce contexte : C’est un problème collectif, il faut donc des solutions politiques. »

Rappelons que l’objectif du Mouvement est d’amener les partis politiques à intégrer dans leur plateforme les engagements suivants : Mettre fin à tout financement public direct ou indirect de l’école privée, mettre fin à la sélection des élèves au public, au primaire comme au secondaire et consolider l’aide aux élèves en difficulté tout en développant une offre d’apprentissage enrichie pour les élèves les plus performants au sein d’une classe commune.

« Nous voulons que les citoyens aient la chance de se prononcer. Ça fera 50 ans l’an prochain qu’on finance l’école privée, mais il n’y a jamais eu un vrai choix politique. C’est un système qui s’est développé avec du laisser-faire. »

Parlons de ségrégation scolaire

Pour Stéphane Vigneault, la situation a atteint un niveau d’absurdité sans pareil. « Le ver est dans la pomme, il y a quelque chose de complètement absurde de voir le public jouer contre sa propre équipe. Mais au final, on peut dire que l’enjeu global, c’est la ségrégation scolaire. Qu’elle soit causée par le privé ou par le public lui-même, en réaction à la sélection du privé, elle est aussi nocive et néfaste dans les deux cas. »

Parler de la ségrégation scolaire, ça dérange. Plusieurs leur ont d’ailleurs reproché d’utiliser cette rhétorique. Mais d’autres ont appuyé leur vision globale du problème, notamment le professeur émérite et ex-membre de la commission Parent, Guy Rocher.

« La ségrégation scolaire, c’est scolariser les enfants dans des écoles ou des programmes différents en fonction du revenu de leurs parents ou de leur capacité scolaire, de leurs résultats scolaires. C’est un phénomène qui est documenté partout dans le monde, sauf peut-être au Québec où on a hésité longtemps parce que ça a été un sujet tabou. L’OCDE en parle, tous les conseils équivalents au Conseil supérieur d’éducation en France ou en Belgique en parlent. »

Le coordonnateur du Mouvement cite aussi le sociologue Claude Lessard, qui souligne, dans un récent documentaire de la CBC traitant aussi de la ségrégation scolaire, que les Québécois se font généralement une représentation très progressiste de leur société.

« On aime ça penser qu’on est plus progressif que nos voisins en Amérique du Nord. Mais sur cet aspect, on ne l’est pas du tout. Parler de ségrégation, ça heurte notre image de nous-mêmes et on n’aime pas ça. La résistance vient en partie de là. Il faut le reconnaître, il faut accepter les constats et je pense que de plus en plus de gens le font. On a fait ça tout seul et on peut le changer tout seul. Ça, c’est la bonne nouvelle. Il faut agir maintenant. »

Il rappelle brièvement qu’au secondaire, 21 % des élèves sont au privé subventionné et au moins 20 % se retrouvent dans des projets particuliers sélectifs.

Des projets particuliers, oui.

Mais pour tout le monde !

Sur la question des projets particuliers sélectifs, Stéphane Vigneault reconnaît que c’est un terrain plus glissant. « Dans les pays ou provinces qui performent plus que nous, ils n’ont pas besoin de projets particuliers sélectifs… peut-être même pas besoin de projets particuliers. Mais je pense que c’est dans les mœurs maintenant, les gens y tiennent. » 

Mais pourquoi sélectionner les élèves ? demande le coordonnateur. L’argument invoqué pour justifier les projets particuliers est souvent de l’ordre de la motivation, quand on pense au sport pour les garçons, par exemple. Alors, pourquoi justement exclure ceux qui n’ont pas assez de bonnes notes en partant alors que ce sont eux les plus à risque de décrocher ?

« Tant qu’on ne s’attaquera pas à la ségrégation scolaire, tant qu’on n’abordera pas le sujet de la composition de la classe, on ne réussira pas à améliorer nos résultats. Les analyses internationales sont claires, moins il y a de ségrégation, plus les résultats augmentent : les meilleurs tirent tout le monde vers le haut, changent le climat de classe et facilitent l’enseignement. »

Dans ce qu’il appelle la nouvelle école publique, sans se prononcer sur les modalités, il soutient toutefois qu’au sein d’uneclasse commune où la composition de celle-ci aura changé, il sera possible de s’occuper autant des élèves plus en difficulté avec besoins spéciaux que de ceux qui sont plus rapides et performants et qui ont besoin d’une plus grande stimulation.

D’ici les prochaines élections, le Mouvement L’école ensemble travaille à élargir ses appuis pour continuer à mettre de la pression sur les politiciens pour générer un changement.

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