L’éducation aux oubliettes, quel parti rompra le cycle?

24 septembre 2026

Chaque campagne électorale amène son lot de débats sur des sujets divers. Et chaque fois, l’éducation se retrouve reléguée au second plan, comme si l’avenir collectif du Québec pouvait se construire sans elle. La présente campagne ne fait pas exception. Pire, les chiffres publiés par la Vitrine démocratique, un site Web créé par les chercheurs du Centre d’analyse des politiques publiques (CAPP) de l’Université Laval confirme ce que le terrain nous répète depuis des années : « En date du 15 septembre 2026, l’outil classait l’enjeu de l’éducation au 11e rang sur 12 en moyenne depuis le début de la campagne. »[1]

Un constat difficile à ignorer. Pourtant, rares sont les politiciens qui affirmeront que l’éducation ne fait pas partie de leurs priorités. Alors, pourquoi les bottines ne suivent-elles pas davantage les babines?

Pourquoi les bottines ne suivent pas les babines?

Vous connaissez probablement la réponse. Dans un contexte marqué par la guerre tarifaire et les incertitudes économiques, l’inflation, le coût de la vie et le logement occupent une place prépondérante dans les préoccupations électorales des citoyens. Un sondage mené cet été pour La Presse confirme la tendance[2]. Dans l’esprit des électeurs eux-mêmes, l’éducation arrive loin derrière ces sujets.

Et pourtant, dans ce même sondage, 21 % des personnes sondées s’accordent pour dire que le réseau va mal ou très mal, tandis que près de la moitié (46 %) ne donnent que la note de passage au système d’éducation québécois, soit le minimum. Ces chiffres reflètent des réalités que nous observons, quotidiennement, dans nos milieux : des classes surchargées, du personnel épuisé, des élèves qui peinent à obtenir l’accompagnement dont ils ont besoin, des infrastructures vieillissantes et des difficultés persistantes à recruter et à retenir le personnel enseignant et de soutien scolaire.

Un paradoxe à soulever

Je ne souhaite pas être alarmiste, mais plutôt soulever le paradoxe avec lequel nous composons. Les Québécoises et les Québécois reconnaissent les difficultés du réseau, mais l’éducation demeure largement absente des priorités qui structurent les débats électoraux. Bien sûr, les enjeux économiques et sociaux qui occupent l’actualité sont importants, je ne prétends pas le contraire.

Et il faut reconnaître que certains partis ont fait des promesses, dont certaines très louables. Pour en faire le tour, je vous invite à lire l’article écrit par le comité sociopolitique. Mais des intentions, on en a vu défiler à chaque scrutin et rarement les promesses furent tenues jusqu’à leur plein accomplissement.

Campagne après campagne, on désinvestit en éducation, puis on redécouvre avec surprise la crise pour promettre d’y remédier. La majorité des candidats clameront que l’éducation est une priorité. Mais peu s’y engageront avec la ferveur réservée à d’autres enjeux…

Quel parti mettra fin au cycle des désinvestissements?

Au nom des membres du Syndicat de Champlain, je pose donc une question toute simple à tous les partis qui sollicitent notre vote : depuis des années, le cycle de désinvestissement massif en éducation se répète, serez-vous le parti qui y mettra fin?

Prendre réellement l’éducation au sérieux, ce n’est pas multiplier les annonces en fin de campagne. C’est en faire une priorité budgétaire durable, protéger les investissements nécessaires et refuser que les élèves et le personnel fassent systématiquement les frais des compressions.

Nous continuerons de suivre cette campagne de près, et nous continuerons de rappeler, aussi souvent qu’il le faudra, que l’éducation n’est pas un enjeu parmi d’autres. C’est la fondation sur laquelle repose tout le reste. Un Québec qui néglige ses écoles aujourd’hui en paiera le prix collectivement pendant des générations.

Jean-François Guilbault

Président

[1] Alexandre Fortier-Chouinard et Olivier Lemieux, « Coup d’œil sur les promesses d’un enjeu d’avant-dernière place », 19 septembre 2026, Le Devoir.

[2] Tommy Chouinard, « La remontée de la CAQ s’essouffle, le PQ reste en tête », 12 août 2026, La Presse.