Objet : Tenir des États généraux? Oui.

24 septembre 2026

Franchement Mario, dénigrer les syndicats comme dans ton article du 13 septembre dernier, c’est moyen ! Tu as été clair : tu es contre la tenue d’une « nouvelle grande réflexion sur l’éducation ». Selon toi, les États généraux de 1995 1996 n’auraient été qu’une vaste perte de temps. Tu soutiens également que tout le monde n’aurait pas réellement eu la chance d’y contribuer. Le pauvre parent, dis-tu, était dans l’impossibilité de participer à ces groupes de discussion puisqu’il était requis pour aller reconduire son enfant à l’aréna… Et tu reproches aux syndicats, qui représentaient le personnel de l’éducation, porteur de l’expertise, de s’être préparés pour s’y impliquer sérieusement et rigoureusement. Ce que je trouve désespérant, c’est la perpétuité du discours voulant que les syndicats soient responsables de tous les maux du réseau. Plus les années passent, plus cette explication me paraît simpliste. Car, au fond, la véritable perte de temps n’est-elle pas de chercher constamment des coupables ?

Dans les années 1960, lorsqu’on a entrepris la réforme scolaire à la suite du rapport Parent, deux objectifs majeurs guidaient l’action publique : assurer la scolarisation de masse et combler le rattrapage éducatif de la société québécoise. Les personnes ayant participé à cet exercice partageaient la conviction qu’un système d’éducation moderne, public et accessible à tous servirait le Québec en permettant de remédier aux inégalités et aux carences du réseau
de l’éducation de l’époque. Bien que ces changements aient permis de réduire plusieurs inégalités et de corriger des lacunes importantes, cette réforme n’était pas parfaite. Au fil des décennies, le système a rencontré de nombreux écueils et montré certains signes d’essoufflement.

L’organisation des États généraux de 1995

C’est précisément dans ce contexte que les États généraux sur l’éducation ont été organisés au milieu des années 1990. Oui, Mario, trente ans plus tard, les acteurs du milieu, le gouvernement et d’autres groupes ont jugé pertinent de prendre un temps d’arrêt pour faire le point. Qu’y avait-il de condamnable dans cette démarche ? En quoi le fait de réfléchir collectivement à l’avenir de l’éducation pouvait-il nuire au Québec ?

Contrairement à ce que tu affirmes, je ne crois pas que celles et ceux qui ont participé aux États généraux l’aient fait avec l’intention de « prendre les enfants pour cobayes ». Je refuse de croire que des milliers de personnes engagées aient travaillé dans le but de compromettre l’avenir de générations entières. Ça me semble excessif de prêter de telles intentions.

Par ailleurs, même si les changements proposés en 1995-1996 ont suscité des résistances, tout n’a pas été négatif. Ce n’est qu’avec le temps que l’on peut constater si des problèmes persistent malgré les moyens mis en place. Or, le constat actuel est préoccupant : le réseau est encore sous pression, l’évolution rapide du numérique et du marché du travail exige l’acquisition continue de nouvelles compétences, les inégalités scolaires s’aggravent, le système à plusieurs vitesses accentue les écarts, le décrochage demeure et la vision à long terme fait encore défaut.

Avec de tels constats, tout en considérant les arguments de ton opinion, Mario, je préfère largement « brasser des idées » pour repenser le système face aux défis contemporains et aux nouvelles réalités sociales et technologiques. Et, je serai heureuse de m’y engager en compagnie de tous les acteurs de la société qui croient en l’éducation et qui partagent le désir de bâtir un plan d’avenir cohérent pour le Québec.

Tenir des États généraux ? Oui.

Geneviève Bourbeau
Coordonnatrice