Objet : Partir ou rester : si on donnait au personnel des raisons de choisir l’école?

22 octobre 2026

On parle beaucoup de celles et ceux qui quittent l’école. Peut-être est-il temps de parler aussi de ce qui donne envie d’y rester? Pas pour nier la fatigue. Pas pour minimiser la lourdeur de la tâche, la complexité des groupes, la violence qui s’invite parfois dans les établissements, le manque de ressources ou ce sentiment, trop fréquent, de ne pas être reconnu à sa juste valeur. Ces réalités existent. Elles doivent être nommées et, surtout, corrigées. Longtemps, nous avons valorisé les métiers de l’éducation en parlant de dévouement et de vocation.

Désormais, il faudra ajouter d’autres mots : expertise, respect, ressources, collaboration, équilibre et reconnaissance mais surtout ne pas confondre passion et capacité d’endurance. Voilà tout le paradoxe : aimer son métier ne suffit pas toujours pour réussir à y demeurer.

Derrière les statistiques sur la pénurie de personnel se trouvent aussi des milliers de femmes et d’hommes qui franchissent, chaque matin, les portes de nos écoles et de nos centres. Pourquoi? Peut-être parce qu’à l’école, rares sont les journées où l’on se demande si notre travail sert à quelque chose. On reste parce qu’on enseigne à un enfant, on accompagne un adolescent, on accueille un élève le matin, on contribue à créer les conditions qui permettront à quelqu’un d’apprendre, de grandir ou de passer une meilleure journée.

C’est peut-être aussi parce qu’on permet à ces femmes et ces hommes d’exercer correctement leur métier. Ou parce qu’on reconnaît leur compétence et qu’on ne remercie pas simplement un dévouement. Valoriser le personnel scolaire, c’est écouter l’expertise, donner de l’autonomie, offrir des possibilités de développement professionnel, permettre à chaque personne employée d’occuper pleinement la place qui lui revient, lui permettant d’être pleinement consciente qu’elle participe à quelque chose de beaucoup plus grand qu’une description de tâches.

Il existe aussi une force que l’école offre particulièrement : le sentiment d’appartenir à une équipe. L’école tient debout grâce à une équipe entière. Les fonctions diffèrent, mais toutes et tous contribuent à faire d’elle un milieu où il est possible de se développer. On peut vouloir quitter un employeur ou un système, mais il est beaucoup plus difficile de quitter une équipe dans laquelle on sait que notre présence compte. Nous évoluons dans des endroits où le travail nous place quotidiennement au cœur de trajectoires humaines.

Mais attention, ces raisons ne doivent jamais devenir des excuses pour tolérer l’intolérable. La passion n’est pas une condition de travail ni le dévouement, une ressource budgétaire ni la bonne volonté d’une équipe-école, une source d’énergie inépuisable.

Quand l’école fait place aux défis du quotidien, comment faire pour que le personnel ait encore envie de rester? C’est précisément une question qui intéresse la professeure Geneviève Sirois de l’Université TÉLUQ, avec son projet de recherche portant sur les formes de reconnaissance non monétaire les plus prometteuses auprès du personnel scolaire. Mieux comprendre les facteurs susceptibles d’encourager le personnel scolaire à demeurer en poste dans un contexte marqué par la désertion de main-d’œuvre est un sujet crucial à documenter. Comprendre et expliquer ce qui donne encore envie de faire partie du réseau sera conséquemment une solution : créer les conditions pour que ces raisons l’emportent sur celles de partir.

Nous encourageons vivement nos membres à participer à cette recherche. La collecte est en cours et le questionnaire est disponible à partir de notre site Internet, dans le menu déroulant Mon syndicat, section « Sondages ».