Objet : Le fléau du cellulaire 

5 mai 2025

Mais quelle bonne idée innovante notre ministre de l’Éducation est-il en train de mettre sur pied ! Et pour quelle raison déjà ? Ah oui, pour faciliter la vie des parents ! Clic École, une « nouvelle application » entièrement destinée aux parents du Québec. Lorsque monsieur Legault, en septembre 2022, avait promis la création de ce nouvel outil, durant sa campagne électorale, il affirmait vouloir simplifier la vie des parents d’élèves. C’est ainsi que le ministère de l’Éducation, dans sa quête de centralisation de pouvoirs et d’uniformisation des pratiques, a choisi d’investir plusieurs millions de dollars pour développer une application-parent unique, offrant 27 fonctions (hey, wow !), que l’agenda, le courriel, Mozaïk Parent ou le traditionnel coup de fil ne permettaient pas de faire, évidemment.

Le Ministère est au service de qui exactement ? De l’élève. Et pour se faire, il a besoin de prendre soin de qui ? De son personnel. Alors pourquoi fait-il des choix financiers visant à satisfaire à outrance les parents qui ont déjà tout en leur possession pour arriver à leurs fins ? Qu’est-ce qui le motive à dépenser des millions de dollars pour un service direct aux parents alors qu’il a sabré dans tous les autres services depuis l’automne ? Pour répondre aux exigences des enfants-rois devenus parents.

Mais le plus important finalement pour un parent est d’être en mesure de communiquer avec l’école, c’est-à-dire de lui transmettre des informations au sujet de son enfant et d’en recevoir, le cas échéant. C’est tout. Une application de plus ne fera pas disparaître le reste par magie. Elle contribuera plutôt à la multiplication des sources d’accès à l’information qui sont responsables en grande partie des causes de surcharge mentale, qui alimentent la connexion constante des parents qui exacerbe le phénomène de technoférence. On utilise ce terme pour désigner l’interférence de la technologie qui s’installe dans les interactions ou les relations.

Ainsi, plus un parent est absorbé par son téléphone, moins il accorde le temps nécessaire à ses enfants. La connexion grandissante des parents aux écrans est désormais associée à l’augmentation des symptômes d’inattention, d’hyperactivité et d’anxiété chez les jeunes. Alors qu’autre part, la commission parlementaire transpartisane, présidée par la députée caquiste Amélie Dionne recommande d’urgence (dès la prochaine rentrée) l’interdiction complète des cellulaires, écouteurs et autres appareils personnels sur tout le terrain de l’école, comme moyen drastique de remédier aux effets pervers qu’ils provoquent chez les jeunes. À part chez les principaux intéressés, le rapport provisoire démontre que tous les acteurs de la société y ayant participé sont d’accord avec cette interdiction mur-à-mur. Parents compris.

L’ironie de la situation reste que ce sont les parents qui initient cette habitude chez leurs enfants. Un parent, deux parents, une société de parents. Partout où l’on va, on le voit : un enfant tranquille devant un écran, un parent apaisé et déresponsabilisé. Même s’il advenait qu’elle obtienne l’aval de Québec (et qu’on lance la gestion du dossier dans la cour de l’école), cette mesure ne s’attaquera malheureusement pas à la source du problème. Arrivés chez soi, les jeunes replongeront dans leur univers numérique, et il y a fort à parier que lorsqu’ils seront contraints de décrocher, leurs crises auront raison des parents.

En fin de compte, ce n’est peut-être pas à l’école que les cellulaires devraient être interdits, mais bien à la maison. Cela contribuerait certainement à obliger les parents à se responsabiliser et à faire cesser cette espèce de tendance à remettre dans les bras de l’école la mission de palier tous les manques de la maison. Être parent, c’est difficile : ça demande des efforts constants et beaucoup de concessions personnelles. Sont-ils réellement prêts à s’engager dans la lutte contre les écrans ?

Geneviève Bourbeau

Coordonnatrice