Les taux de réussite des élèves préoccupent au Québec

7 janvier 2026

7 janvier 2026

Zacharie Goudreault

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Dans plusieurs centres de services scolaires (CSS) de la province, la réussite scolaire des élèves s’est effritée l’an dernier, a constaté Le Devoir. Inquiets, des acteurs du réseau pressent Québec de s’attaquer à la pénurie de main-d’œuvre et d’investir davantage dans les écoles, dans l’espoir de renverser la vapeur.

Le Devoir a épluché les rapports annuels 2024-2025 d’une dizaine de CSS répartis dans plusieurs régions de la province, incluant Montréal, Québec et leur banlieue respective. Tous ont noté une baisse des résultats liés à différentes cibles inscrites à leur Plan d’engagement vers la réussite.

C’est le cas notamment du CSS de Montréal — le plus grand de la province — dont le rapport annuel mentionne que « les taux de réussite en français ont baissé, notamment chez les élèves du primaire ayant un plan d’intervention », de même que chez ceux du secondaire ayant fréquenté une classe d’accueil au cours des cinq dernières années.

D’autres CSS font pour leur part état d’une baisse des résultats de leurs élèves en mathématiques. C’est notamment le cas du CSS de la Pointe-de-l’Île, dans l’est de Montréal, et de celui des Navigateurs, en banlieue de Québec, où la proportion des élèves en 6e année du primaire qui ont obtenu 70 % et plus à une épreuve obligatoire de mathématique a chuté de plus de 9 % en 2024-2025, par rapport à l’année précédente. Ce pourcentage atteint 12 % au CSS de la Rivière-du-Nord, dans les Laurentides.

Le taux de diplomation et de qualification des élèves après sept ans a par ailleurs diminué de 2 % à l’échelle du Québec entre 2023 et 2024. Une descente qui s’élève à 3,2 %, en moyenne, dans l’ensemble du réseau montréalais.

« C’est préoccupant », lance Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire. En entrevue, elle souligne que les baisses notées surviennent après une amélioration graduelle de la réussite des élèves « au fil des dernières années ». « Ça devrait tous nous inquiéter », ajoute-t-elle.

La Fédération des CSS du Québec assure pour sa part qu’afin de « favoriser la réussite éducative, les équipes écoles s’investissent quotidiennement et proposent plusieurs services pour soutenir la motivation et la persévérance de tous les élèves ».

Cercle vicieux

Le président du Syndicat de Champlain, Jean-François Guilbault, qui représente les enseignants et le personnel de soutien au sein de plusieurs CSS de la Montérégie, n’est quant à lui « pas surpris » par la baisse des résultats des élèves dans sa région. Comme d’autres intervenants, il l’associe à la pénurie de main-d’œuvre et au manque de financement consacré au réseau scolaire public.

« Quand on parle de dévalorisation [de la profession enseignante], la première clientèle qui écope de ça, ce sont les élèves vulnérables », affirme M. Guilbault. Car, la pénurie de personnel, incluant celle de soutien et professionnel, « joue sur la qualité de l’enseignement, la qualité de l’encadrement et, ultimement, sur la réussite des élèves », complète Kathleen Legault. « Ce n’est pas un problème simple, mais il faut s’en préoccuper », plaide-t-elle.

Le manque de financement consacré au réseau de l’éducation vient par ailleurs limiter la capacité des CSS à embaucher suffisamment d’aides à la classe et à déployer d’autres mesures destinées à aider les enseignants à répondre aux besoins de leurs élèves en difficulté, relève pour sa part M. Guilbault. Résultat, des enseignants sont nombreux à « fuir » le réseau scolaire public, ce qui nuit aux services aux élèves, et donc à leur réussite, analyse-t-il.

« On a devant nous un menu qui met tout sur la table pour faire que la situation devienne intolérable dans le milieu scolaire », prévient-il.

Trop d’heures rémunérées

Ce sont d’autre part neuf des dix CSS, dont Le Devoir a analysé le plus récent rapport annuel, qui ont dépassé en 2024-2025 les cibles en heures rémunérées de leur personnel qui avaient été établies pour chacun d’entre eux par Québec. Un écart de plus de 10 % est noté au sein de plusieurs organisations, qui expliquent cette situation par la croissance du nombre de leurs élèves et la pénurie de personnel.

« Le CSSDM connaît une pénurie importante dans certains emplois, dont en enseignement, en éducation spécialisée, en orthophonie, en psychoéducation, en psychologie, en service de garde et chez les préposés aux élèves handicapés. Afin d’amoindrir les effets de la pénurie, le personnel a travaillé en temps supplémentaire ou en dépassement de tâche », évoque ainsi le rapport annuel du plus grand CSS de la province.

« Il faut saluer les centres de services qui déployaient les heures supplémentaires nécessaires pour répondre aux besoins », réagit le président du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec, François Bernier. Or, Québec a imposé l’été dernier des plafonds d’embauches, conditionnels à l’accès à un soutien financier, qui pourraient avoir entraîné une baisse de la qualité des services offerts aux élèves pendant une partie de l’année scolaire, prévient M. Bernier.

Puis, en octobre dernier, la ministre de l’Éducation Sonia LeBel a levé les plafonds imposés par son prédécesseur, Bernard Drainville, tout en précisant que les CSS devront maintenir une « cible » d’embauches pour assurer un « suivi rigoureux » de leurs dépenses.

Ainsi, encore aujourd’hui, « il faut faire des choix difficiles, comme de limiter le nombre de personnes qui peuvent être libérées pour suivre une formation », afin de limiter le nombre d’heures rémunérées dans le réseau scolaire, dit Mme Legault. Résultat : « c’est la qualité de l’éducation qui est en train de prendre une débarque », lance M. Bernier.

« Dans le contexte budgétaire actuel, les centres de services scolaires s’assurent de minimiser les impacts sur les services aux élèves », assure pour sa part la Fédération des CSS du Québec, qui confirme que le personnel en congé de maladie et de maternité, que les CSS doivent tenter de remplacer, « fait partie de la cible » d’effectif établie par Québec.