Objet: Ça prend des idées

19 janvier 2026

Comme le chantait si bien Pierre-Yves Roy-Desmarais durant la pandémie : « Coudonc, y’a-tu rien qu’moi qui trouve que ça va mal » ? J’ai sûrement dû enfiler mes lunettes de licornes durant le congé des Fêtes pour que reposée, positive et optimiste, je me sois imaginé revenir en janvier et découvrir que certains enjeux en éducation étaient guéris… iiiissschhhh, je me suis rassise sur la raison assez vite merci !

Quelques aspects ont fait la manchette des journaux, comme le vouvoiement, la célébration de l’interdiction des cellulaires, mais c’est brièvement et par des discours fuyants que la question de la lutte contre la violence dans les écoles a été abordée. Mais qu’est-ce qui ne va pas chez nous ? Comment se fait-il que nous ne soyons pas en mesure de remédier aux manifestations de violence ?

Le gouvernement et tous les acteurs du réseau scolaire sont d’accord : il faut enrayer la violence. En fait, tout le monde y consent. On s’est donc entendu sur des principes philosophiques, des vertus puis, des orientations ont été rédigées. Le Ministère, à la suite de travaux collaboratifs, a donné officiellement le droit aux milieux d’agir pour remédier à la violence. Ceux-ci ont l’obligation de faire ce qu’ils peuvent pour prévenir une crise, intervenir si cette dernière surgit malgré tout et, surtout, prodiguer des soins d’après-crise aux victimes et témoins et y assurer un suivi. Toutefois, on dirait que tout cela ne se rend pas concrètement au terrain. Dans nos écoles, la violence demeure. Chaque jour, le personnel enseignant et le personnel de soutien se retrouvent en première ligne pour contenir ce qui déborde : des émotions à vif, des comportements désorganisés, une colère qui cherche une cible, la violence invisible qui frappe en silence… celle que l’on se fait subir entre nous !

Bien qu’on la reconnaisse, qu’on la dénonce et qu’on la documente, il n’en demeure pas moins qu’on est incapable de la faire cesser. Si nous échouons à endiguer la violence en milieu scolaire, ce n’est pas par indifférence ni par inaction, mais peut-être bien parce que, trop souvent, nous ne savons plus comment agir efficacement. Les stratégies s’empilent, les protocoles se multiplient, mais sur le terrain, les solutions concrètes manquent. Nous avançons à tâtons, entre des interventions improvisées et des approches théoriques difficilement applicables. Devant l’urgence, on agit comme on peut ; rarement comme on sait. Et reconnaître ce manque d’idées concrètes, ce malaise devant le « quoi faire », ce n’est pas un aveu de faiblesse : c’est le point de départ nécessaire pour se dresser contre la violence avec confiance. Ça prend des idées !

Par quoi commencer alors ? Multiplier les occasions de reconnaissance en paroles et en gestes et valoriser l’individu est déjà un bon départ pour la lutte contre les violences. Il n’existe pas une intervention toute faite, mais une infinité d’idées à essayer, à ajuster, à répéter. Chaque petite action compte. Tout ce qui ne fait pas de tort mérite d’être tenté. Tout ce qui enseigne les limites à ne pas franchir est important. Et tout ce qui rassure à travers l’erreur est indispensable. De quoi a-t-on besoin ? D’avoir, sous la main, des idées à profusion pour modéliser, pour calmer, pour désamorcer, pour rétablir le lien. C’est l’accumulation de ces micro‑actions qui influence réellement les comportements.

Enrayer la violence est un art collectif qui commence à la maison et qui suit partout. Et pour que ce collectif tienne, il faut surtout y croire et s’y engager tout en demeurant lucide : cette lutte prend du temps, elle est exigeante et elle confronte l’individu à ses limites constamment. Il faut tenir bon !

Geneviève Bourbeau

Coordonnatrice