Infiltrations d’eau, moisissure, problèmes de structure, bouts de mur qui tombent et fourmis: la démolition et le remplacement d’une école primaire de Beauharnois sont réclamés d’urgence

23 janvier 2026

le vendredi 23 janvier 2026

Daphnée Dion-Viens

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Des parents réclament la démolition et la reconstruction de cette école qui a été fermée d'urgence en décembre en raison de la présence de moisissures. Sur la photo, Caroline Ménard accompagnée de sa fille Lia, ainsi que Karine Boyer, maman d'une élève de maternelle 4 ans. Beauharnois, 15 janvier 2026. PIERRE-PAUL POULIN/LE JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI

Des parents réclament la démolition et la reconstruction de cette école qui a été fermée d’urgence en décembre en raison de la présence de moisissures. Sur la photo, Caroline Ménard accompagnée de sa fille Lia, ainsi que Karine Boyer, maman d’une élève de maternelle 4 ans. Beauharnois, 15 janvier 2026. PIERRE-PAUL POULIN/LE JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI Photo Pierre-Paul Poulin
Infiltrations d’eau, problèmes de structure, bouts de mur qui tombent et infestations de fourmis: des parents et membres du personnel d’une école primaire de Beauharnois fermée en raison de moisissures pressent Québec de démolir et de remplacer d’urgence ce bâtiment vétuste qui aurait aggravé l’état de santé de plusieurs employés et élèves pendant plus d’un an.

L’école Notre-Dame-de-la-Paix, en Montérégie, a été fermée d’urgence le 3 décembre après que des tests ont révélé la présence de moisissure.

Or, plusieurs enseignants avaient rapporté dès l’automne 2024 des problèmes respiratoires survenus à la suite d’infiltrations d’eau causées par de fortes pluies avant la rentrée. Dix-sept rapports d’incidents ont même été transmis à l’employeur à ce sujet (détails à lire ici).

Parmi le personnel de soutien, un employé a notamment indiqué en mai avoir fait six sinusites depuis la rentrée, alors que cette personne n’était pas malade lorsqu’elle travaillait dans d’autres établissements.

Lorsque l’école a été fermée au début décembre, deux enseignants étaient en arrêt de travail prolongé en raison de problèmes respiratoires.

À démolir

Des enjeux de structure, d’humidité et même des infestations de fourmis ont aussi été rapportés dans cette école (voir autres détails plus bas), qui figure parmi les plus mal en point de la province. Sa cote de vétusté de «E» est la pire selon l’échelle gouvernementale.

«Pour nous, c’est clair que c’est une école qui doit être démolie», affirme Jean-François Guilbault, président du Syndicat de Champlain, qui représente les enseignants.

Le son de cloche est aussi le même parmi plusieurs familles.

«Aucun parent ne veut que son enfant revienne dans cette école-là», lance Dominique Dubois, présidente du conseil d’établissement, qui espère qu’une solution de remplacement sera rapidement mise en place pour la rentrée.

«Il est minuit moins une», souligne-t-elle.

Impact sur la santé des élèves

Cette maman d’un élève de troisième année, qui est suivi par un médecin spécialiste pour des problèmes respiratoires, affirme que la santé de son garçon «s’est gravement détériorée» depuis qu’il fréquente cette école.

Aucune cause médicale n’a permis jusqu’à maintenant d’expliquer la présence d’une inflammation chronique sévère des voies respiratoires chez son enfant, indique-t-elle.

Karine Boyer, mère d’une fillette de 4 ans dont les problèmes respiratoires se sont aussi aggravés depuis son entrée à la maternelle, a récemment écrit à la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, pour réclamer la démolition et le remplacement d’urgence de ce bâtiment par une unité modulaire à la rentrée.

«Le gouvernement devrait mettre en place des solutions d’urgence rapide pour limiter ce genre de situation. L’éducation et la sécurité de nos enfants et de notre personnel enseignant devraient être une priorité pour le gouvernement», écrit-elle.

Au cabinet de la ministre, on affirme que «la sécurité des élèves et du personnel est prioritaire».

«C’est pourquoi le CSS [Centre de services scolaire] a pris la décision de fermer l’école rapidement par précaution, indique-t-on dans une réponse écrite. Le ministère et le CSS analysent toutes les possibilités pour la suite des choses, dont l’option des modulaires.»

Le quotidien des élèves chamboulé

En plus des risques pour la santé, d’autres parents déplorent la situation en raison des impacts engendrés par la fermeture d’urgence de l’école Notre-Dame-de-la-Paix.

La grande majorité des élèves ont été transférés dans un bâtiment annexé à une école secondaire à Salaberry-de-Valleyfield, située à près de 20 kilomètres de leur ancienne école primaire.

Or, ce déménagement a chamboulé le quotidien de plusieurs enfants, dont celui de la fille de Caroline Ménard, une élève de 9 ans qui a un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme avec anxiété.

Elle fonctionnait bien avant la fermeture, mais tout a basculé depuis décembre, raconte sa mère.

«Tous les matins, elle ne veut pas aller à l’école, elle a mal au ventre, elle vit du stress accoté, elle se fait sortir de la classe et elle est en échec scolaire», déplore-t-elle.

Le Centre de services scolaire accusé de ne pas avoir agi assez rapidement

Le Centre de services scolaire de la Vallée-des-Tisserands (CSSVT) aurait dû agir plus rapidement, considérant la gravité de la situation à l’école Notre-Dame-de-la-Paix, affirment les syndicats qui représentent le personnel scolaire.

Le CSSVT rétorque au contraire que «chaque décision liée à cette situation a été prise à la lumière des informations à [sa] disposition, dans l’intérêt des élèves, des familles et des membres du personnel».

Pour le Syndicat de Champlain, les 17 rapports d’incidents provenant d’employés à l’automne 2024 auraient dû mener à des investigations beaucoup plus poussées de la part du patron. Les premiers tests de qualité de l’air ont été réalisés à l’été 2025.

«Pour nous, c’est clair qu’une […] prise en charge beaucoup plus rapide de la situation était nécessaire», affirme le président Guilbault.

«Si les investigations avaient été faites de façon plus poussée […], ça aurait probablement pu être évité», ajoute Guillaume Gagné, président du Syndicat CSN de la Vallée-des-Tisserands, qui représente les employés de soutien.

Du côté du CSSVT, on tient à préciser que les infiltrations d’eau survenues en août 2024 ne sont pas liées à celles de l’automne dernier, puisque les causes ne sont pas les mêmes.

«La situation a été prise au sérieux par l’organisation et l’équipe du service des ressources matérielles a effectué les suivis appropriés», indique-t-on dans une réponse écrite, le CSSVT ayant refusé notre demande d’entrevue.

La demande de démolition et reconstruction de l’école Notre-Dame-de-la-Paix a été déposée au ministère de l’Éducation en septembre, à la suite d’une «réflexion approfondie et des données probantes en lien avec l’état général du bâtiment qui nécessite des interventions majeures», précise-t-on.

Malgré l’augmentation considérable des sommes investies par le gouvernement Legault pour rénover les écoles depuis 2018, il reste des efforts importants à faire pour corriger le tir, ajoute le président du Syndicat de Champlain.

«Clairement, le CSS n’a pas à sa disposition les moyens financiers et les ressources pour être en mesure d’éteindre tous les feux en matière de vétusté, affirme M. Guilbault. L’école Notre-Dame-de-la-Paix, c’est un exemple d’un laisser-aller qui s’explique par un sous-investissement chronique de l’État.»