13 février 2026
Si tout le monde en même temps se serrait la main, il ferait peut-être beau demain. Et si tout le monde en même temps se lâchait le nombril, ça effacerait bien des “si” […] Mais, on joue au solitaire, tout le monde en même temps…1
La violence n’est pas innée. Elle s’acquiert et se transmet en suivant un modèle. Donc, cela veut dire que nous avons le pouvoir de faire autrement. On peut décider, individuellement, de redonner à nos gestes, à nos mots, à nos réactions, leur vocation première soit celle de soutenir, élever et construire, puis, ensemble, d’opérer un changement, soit celui d’éduquer nos jeunes à devenir bons et à se mobiliser contre la violence. Ça se fait ailleurs et ça fonctionne, alors comment s’y prennent-ils ? Dans les pays qui enregistrent les plus faibles taux de manifestations de violence en milieu scolaire, comme la Finlande, l’Islande ou encore le Japon, le développement des habiletés émotionnelles est un incontournable. Tous les acteurs qui gravitent autour des jeunes (personnels scolaires, parents, etc.) sont aussi impliqués dans un processus de formation continue pour y arriver.
Pour prendre ce virage, il se sont d’abord engagés personnellement dans la démarche, puis ils se sont regroupés et ont repensé leur programme scolaire. Ensemble, ils ont installé des nouvelles habitudes, pour consolider leur cohésion interne. Ils ont fondé les assises de leurs équipes sur des valeurs collectives choisies, réfléchies et assumées en groupe. Ils ont travaillé à développer leur sentiment de confiance les uns envers les autres afin de créer un climat (familial, scolaire, travail, sociétal) où la violence ne trouve plus sa place. Ils ont misé et insisté sur la prévention.
Pour nous, cela signifiera parfois de mettre de côté le programme, l’activité ou la tâche prévue. Pas pour renoncer à nos obligations, mais pour se donner la permission de faire ce qui est essentiel : éduquer nos jeunes à mieux vivre ensemble. Prendre le temps de nommer et pratiquer l’entraide, l’écoute, la collaboration, la générosité, etc. Intégrer dans nos routines un espace réel dédié au développement des compétences socio-émotionnelles. Apprendre aux jeunes à reconnaître ce qu’ils ressentent, à en parler, à se responsabiliser. Leur donner le goût et les outils de se mobiliser contre les paroles et les gestes qui blessent. C’est ainsi que l’on renforcera les dynamiques relationnelles et que l’on désamorcera l’agressivité.
Si chacun de nous s’y synchronise, cette cohérence collective deviendra notre posture commune. Elle installera un climat où l’harmonie primera, où le compromis sera signe de force plutôt que de concession et où le respect deviendra une norme même au cœur de l’adversité ou des différences. Transformer véritablement notre culture demandera de s’attarder à faire développer en priorité l’empathie, le raisonnement moral et l’expression émotionnelle. De plus, il faudra sortir de l’ombre « le témoin » et l’éduquer, le conscientiser au fait qu’il est un acteur déterminant dans l’issue d’un conflit. Pour parvenir à ce changement de culture, cela va prendre une société mobilisée avec un gouvernement qui, conscient de l’importance et de l’urgence d’agir, déploiera les ressources financières et humaines nécessaires pour revoir l’idéologie éducative car le statu quo n’est plus une option. Comme il faudra agir ensemble pour enfin instaurer une culture où la violence cesse, si on disait “pourquoi pas”, on pourrait commencer par là.1
Geneviève Bourbeau
Coordonnatrice
1 Paroles tirées de la chanson Tout le monde en même temps de Louis-Jean Cormier.