«C’est beaucoup d’impuissance»: la violence en milieu scolaire met des enseignantes à bout de souffle

30 mars 2026

Kevin Crane-Desmarais

Des enseignantes et des techniciennes en éducation spécialisée au primaire tirent la sonnette d’alarme. Sous le couvert de l’anonymat, leur code d’éthique ne leur permettant pas de parler aux médias, elles décrivent un climat de travail de plus en plus difficile et des épisodes de violence de la part de jeunes élèves. Ces témoignages, rares, mettent en lumière une réalité souvent invisible.

« C’est beaucoup d’impuissance. On se sent démuni et seul », confie Sylvie*, l’une des employées interrogées. Elle raconte avoir subi plusieurs coups au visage et à la tête, entraînant une commotion cérébrale et un traumatisme crânien.

Nathalie*, une autre enseignante, relate avoir été violemment plaquée et frappée à plusieurs reprises par un élève. « Depuis le début de l’année, j’ai l’impression que ces gestes sont banalisés. On accepte ces violences », ajoute-t-elle. Sylvie renchérit : « L’aide s’arrêtait pas mal à : as-tu besoin de ton après-midi et on revient demain. Bonjour, on repart à zéro et c’est comme si rien n’était arrivé. Il y a de plus en plus de violence. On le crie, on le nomme. »

Les deux travailleuses sont en arrêt de travail depuis plusieurs mois et dénoncent un manque de soutien de leur employeur.

« J’adore mon métier, je veux le faire, mais je ne pense pas que ça devrait venir avec des coûts comme ça », souligne Sylvie. « On se dit que ce ne sont que des enfants et on accepte. On pense que les enseignants vont tolérer, endurer et rester », ajoute Nathalie.

Retour trop rapide

Jean-François Guilbault, président du Syndicat de Champlain (CSQ), rappelle que le personnel est souvent renvoyé trop rapidement dans des situations où il a subi des agressions : « On se questionne peu sur l’état psychologique du personnel qui a subi ces agressions. On le retourne rapidement dans le milieu, re‐plongé dans ce qui l’a agressé. Le milieu est mal équipé pour prendre en charge ces dossiers. »

Il déplore également que les moyens mis en œuvre par les centres de services scolaires ne soient pas à la hauteur des besoins réels : « Est-ce que tous les moyens sont mis de l’avant pour mettre un terme à ce fléau ? Probablement pas. »

La violence en milieu scolaire explose : les cas reconnus par la CNESST sont passés de 355 en 2020 à 1149 en 2024, et la tendance devrait se maintenir. Le Syndicat de Champlain estime que ces chiffres ne représentent qu’une fraction de la réalité. Entre 2023 et décembre 2025, ses membres ont déclaré près de 10 000 incidents, dont beaucoup ne sont pas retenus par la CNESST ou sont banalisés au sein des écoles.

Malgré ces difficultés, les enseignantes restent profondément engagées envers leurs élèves. Elles réclament davantage de sécurité et de soutien dans l’exercice de leur métier.

Pour sensibiliser le public et mobiliser le personnel scolaire, le Syndicat de Champlain lance sa première campagne annuelle « Mettons un X sur la violence en milieu scolaire ».

Le X mauve, symbole de protection et de refus, sera porté sur 13 500 épinglettes et affiché sur des panneaux et transports en Montérégie.

*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat des enseignantes.