Objet: Avoir su…

29 mai 2026

La violence conjugale ne s’impose pas d’un coup. Elle s’installe lentement, sournoisement. Le contrôle s’insinue dans la relation, s’infiltre dans les gestes, les paroles, les silences, jusqu’à devenir une normalité. Les manipulations affectives, émotionnelles et psychologiques s’accumulent. Elles finissent par faire partie du quotidien.

La relation blesse, mais elle tient. Parce qu’au fond d’elle-même, la femme sait qu’elle est une bonne personne. Et parfois, à travers son conjoint, elle croit encore le sentir. Alors, elle espère devenir « celle » qui fera la différence, celle qu’il aimera pleinement.

Après une dispute banale, pour un chandail qu’il n’aimait pas ou pour une course oubliée, elle prend la faute sur elle. La culpabilité s’installe. Elle décline une invitation, évite les conflits, cherche à se racheter. Elle se montre plus douce, plus attentive. Et certains soirs, il redevient charmant. Cela suffit à entretenir l’espoir.

Les jours passent, puis les mois. Elle minimise, excuse, absorbe. Elle accepte même de demander la permission pour dépenser son propre argent. Peu à peu, elle ne distingue plus l’inacceptable. Elle doute d’elle-même, se replie, s’isole. Sa détresse devient silencieuse. Elle s’éteint à petit feu.

Pourtant, en elle, quelque chose résiste. Une colère, un besoin de vivre, d’être reconnue, libre. Lorsqu’elle s’affirme, la tension monte. La violence, d’abord diffuse, s’intensifie. Elle tente de reprendre le contrôle, envisage de partir. Puis revient, retenue par la peur, la culpabilité, et l’espoir qu’il change. Mais, la spirale se resserre. Le contrôle devient coercitif. L’air manque. Et un soir, la violence franchit un seuil. Elle devient physique. Pour la première fois. Et pour la dernière. Elle est maintenant la huitième.

Le projet de loi no 4, déposé le 5 mai dernier à l’Assemblée nationale, constitue une excellente nouvelle pour la lutte contre la violence conjugale faite aux femmes et pour la prévention des féminicides. Il s’agit d’un sujet pour lequel les travaux ministériels devraient progresser rapidement, sur une base transpartisane, en vue d’une adoption d’ici la fin des travaux parlementaires en juin prochain.

La Loi sur la communication de renseignements aux fins de protection contre la violence d’un partenaire intime et modifiant diverses dispositions législatives, représente un espoir réel pour améliorer la sécurité des femmes et la protection des victimes de violence conjugale. Si elle est adoptée, elle permettra de vérifier les antécédents de violence conjugale d’un conjoint.

En permettant l’accès aux antécédents criminels de violence d’un partenaire potentiel, cette mesure offrirait aux femmes un pouvoir réel : celui de choisir de ne pas s’engager dans une relation à hauts risques. Rien ne justifie de maintenir les femmes dans l’ignorance de dangers déjà connus du système. Encore aujourd’hui, se protéger de la violence conjugale repose largement sur la capacité des femmes à réagir, à repérer les signes, à partir au bon moment.

Nous accueillons favorablement la « Loi Gabie Renaud », non seulement en raison de son importance pour la protection des victimes de violence conjugale, mais aussi parce qu’elle donnera les moyens d’agir en amont, de prévenir, et parce qu’elle ouvre la voie à la mise en place d’autres moyens concrets pour faire avancer la cause.

À mes filles : soyez fières de la personne extraordinaire que vous êtes. Adoptez une posture de confiance et ne craignez jamais de faire entendre votre voix. Votre valeur est inestimable. Ne laissez jamais personne vous en faire douter.

Geneviève Bourbeau

Coordonnatrice