École à trois vitesses : un faible premier pas vers l’avant

12 juin 2026

La ministre de l’Éducation, Sonia Lebel, a déposé une lettre à l’Assemblée nationale, cette semaine, dans laquelle elle informe les élus et le public de sa volonté d’agir dans le dossier des conditions d’admission aux projets pédagogiques particuliers (PPP), en retirant les critères fondés sur la performance scolaire au primaire et en mettant en œuvre, pour ce qui concerne le secondaire, une révision concertée des critères et des conditions d’admission afin de les réduire ou de les éliminer, lorsque cela est possible. Il s’agit là d’une amélioration qui mérite d’être soulignée, certes, mais il reste encore beaucoup de questions très importantes en suspens.

Dans sa missive, la ministre fait la recension des différentes démarches effectuées par son ministère auprès des organismes scolaires et elle liste quelques outils qui leur ont été transmis. Elle exprime également sa détermination à faire en sorte de « favoriser la réussite éducative et d’assurer un accès plus équitable aux projets pédagogiques particuliers partout au Québec. » Or, la lettre de madame Lebel ne mentionne pas les considérants qui pourraient justifier qu’on puisse faire abstraction au secondaire des principes d’équité et de justice en éducation qu’elle évoque. Pourquoi est-ce viable pour le primaire, mais pas pour le secondaire? Et qu’en est-il des coûts élevés que les familles doivent débourser pour permettre à leurs enfants d’accéder à certains PPP? Ces coûts freinent plusieurs familles, ce qui limite leur accès et déroge donc aux objectifs de justice que la ministre affirme vouloir satisfaire. De plus, n’oublions pas que du côté des établissements privés, les élèves sont toujours sélectionnés en conséquence de leur performance scolaire.

Il y a aussi d’autres problèmes majeurs relatifs aux PPP qui demeurent lettre morte à l’heure actuelle. Comme si la vertu qu’est l’équité en éducation ne concernait que les services aux élèves, sans considération pour celles et ceux qui en ont la responsabilité tous les jours de la semaine. On peut faire référence à ce qui concerne l’alourdissement de la charge de travail endossée par les acteurs, déjà surmenés, qui contribuent aux PPP, qui s’ajoutent à celle de leurs collègues des programmes réguliers qui voient le nombre d’élèves de leur classe augmenter pour permettre la mise en œuvre des programmes particuliers. La crise de la main-d’œuvre qui sévit en éducation oblige déjà le personnel scolaire à supporter sur leurs épaules toujours davantage de tâches. Nous avons une chance extraordinaire de pouvoir compter sur des équipes extrêmement dévouées et volontaires dans nos établissements scolaires, mais, il ne faut pas perdre de vue qu’il y a tout de même une limite humaine à ce qu’ils peuvent réaliser au quotidien.

On ne peut aussi passer sous silence la question relative à la dévalorisation des disciplines qui ne font pas partie des PPP. Il y a moyen de faire en sorte que toutes les expertises, ainsi que l’ensemble des professions en éducation, trouvent leur compte à travers ces programmes.

Depuis leur arrivée dans nos centres et nos écoles, il y a quelques années, plusieurs organisations, dont le Syndicat de Champlain, ont dénoncé les enjeux problématiques que les PPP suscitent. Un grand nombre de représentations ont été faites dans ce dossier. C’est pourquoi une avancée davantage significative aurait été bienvenue.

Donc, avec le retrait des critères fondés sur la performance scolaire dans le processus d’admission aux PPP au primaire, nous avons sans aucun doute fait une avancée positive que nous ne pouvons que saluer. Cependant, des éléments très importants demeurent toujours à être clarifiés pour que nous puissions faire état d’une réelle victoire complète. Nous sommes encore loin de la coupe aux lèvres.

La grande discussion sur l’éducation qui est demandée depuis des années par la CSQ serait une occasion en or pour permettre de réelles avancées pour l’équité en éducation.