Jusqu’où remplit-on une brouette ?

17 octobre 2018

Coralie travaille depuis six mois à l’épicerie près de chez elle. Quand elle a appris qu’on lui donnait sa chance, elle en a été très heureuse, elle avait besoin de ce travail pour payer ses études. Tout le premier mois, on lui a donné des tâches différentes, formation oblige. Bien entendu, on lui a dit qu’elle aurait un travail principal après sa probation, qu’elle a d’ailleurs réussie haut la main.

Ce matin, Coralie s’est levée fatiguée. Son sommeil a été agité une bonne part ie de la nuit. Sans cesse, elle elle comprend qu’elle ne pourra pas tout faire et elle le signale à l’adjoint. Il lui répond, très sérieusement, qu’elle peut prendre une partie du temps de son dîner et de celui refaisait dans sa tête son horaire de travail. Elle changeait le déroulement des tâches à faire, mais n’arrivait pas à les organiser pour tout faire dans sa journée.

Malgré sa fatigue, sa bonne volonté a pris le dessus ! Une fois de plus, elle y arriverait. Certes, un peu moins confiante depuis quelques semaines, mais bonne travaillante, elle se dit qu’elle réussira à tout faire, une fois de plus.

En arrivant, on lui donne sa liste de tâches à réaliser. Au premier coup d’œil, elle comprend qu’elle ne pourra pas tout faire et elle le signale à l’adjoint. Il lui répond, très sérieusement, qu’elle peut prendre une part ie du temps de son dîner et de celui de ses pauses, si elle pense ne pas en être capable. Il lui rappelle que les priorités sont le service aux clients et le bon fonctionnement du magasin.

Ses deux premières heures seront consacrées à emballer les achats des clients. Elle devra ensuite garnir l’allée de la section des biscuits et du chocolat. Pour finir, il lui faudra déballer les marchandises reçues au magasin puis compter, peser et trier les produits.

Aussi bien commencer si elle veut que ça finisse ! Alors qu’elle remplit les sacs des clients pour deux caissières, sourire aux lèvres, on lui demande d’aider une dame âgée à apporter ses provisions à l’auto. Tout à l’heure, c’était pour une maman avec ses deux enfants.

Au début, ça lui faisait plaisir, mais aujourd’hui, elle est stressée. Les clients sont froissés qu’on les laisse emballer leurs achats eux-mêmes et ne manquent pas de le laisser savoir. Rien pour aider les relations avec les caissières qui doivent donc s’occuper de leur caisse tout en aidant les clients qui maugréent.

Quand elle entreprend la tâche suivante, Coralie se dit qu’elle sera bien, il n’y aura personne avec qui interagir, juste des boîtes de biscuits ! Après dix minutes, elle entend son nom à l’interphone. Elle doit aller ramasser un pot cassé et nettoyer le dégât. Elle lâche tout et s’y rend.

Malheureusement, elle a oublié d’apporter un cône de sécurité. Un autre dix minutes perdu. Le directeur de l’épicerie passe tout près et lui signifie que sa gestion laisse à désirer.

Quand elle commencera sa troisième tâche de la journée, son dîner aura été écourté, elle n’aura pris qu’une seule pause et elle fera deux heures de plus non rémunérées pour venir à bout de sa liste de la journée.

Accepterions-nous une telle situation si nous en étions témoins ? Et pourtant, des Coralie, nous en connaissons toutes et tous…

Mireille Proulx

Coordonnatrice